Samedi 1 mars 2008
Par une claire et glaciale nuit d’hiver, j’arpente sans but ni raison les rues déserte de la ville endormie. Fatigué de cette errance solitaire, je finis par trouver refuge dans un petit square blotti au cœur de la cité. Assis sur un banc, enveloppé d’un lumineux et léger brouillard, je me sens à l’abri, comme dans un douillet cocon protecteur. En face moi, je regarde une statue de marbre, aux allures de nymphe, qui trône au centre du petit jardin. Je contemple la silhouette, d’une jeune fille gracile, perlée de gouttelettes, déposées par la condensation sur ses formes harmonieuses, qui s’écoulent lentement en suivant ses courbes tendres. Je suis, à la fois, ému et envieux par la douceur et la plénitude qui émane d’elle.
 
Assis sur ce banc, perclus de fatigue, je me laisse bercer par une torpeur envahissante. Bientôt, je ne sens plus mon corps, comme anesthésié par le froid humide. J’éprouve le sentiment d’être inerte, que mon sang se glace et se fige dans mes veines. J’éprouve une impression de calme et de sécurité. Je me sens protégé de la ville, qui sommeille encore, tout autour de nous, à l’abri de toute agression. Mes paupières sont lourdes. Mes yeux se ferment et ma pensée s’échappe.
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Je rêve que, comme la sculpture à l’aspect de tanagra, je suis de marbre, insensible à toutes les attaques et outrages de temps … de la vie. Une douce quiétude me rempli peu à peu. Je ne ressens plus rien. Je n’ai plus aucun sentiment. Oubliés la peine et le chagrin, les blessures et la douleur, la peur, l’angoisse, les regrets et les remords … plus rien ne m’atteint. Je suis à l’abri, protégé de tout, en totale sécurité. Je reste sourd aux bruissements de la ville qui m’encercle et s’éveille frileusement.
 
Je suis bien. Je suis heureux, enfin débarrassé de tout poids, de toutes contraintes. Je rêve et … échange avec Elle un tendre sourire complice. Nous appartenons, maintenant, au même monde.
 

Au cœur de la ville, emplie d’un vacarme cacophonique et d’une agitation débridée … c’est ça la vie des Hommes … dans un petit square enveloppé d’un lumineux brouillard, deux statues de marbre se font face et, ensemble, en pleine félicité, font face, échappent aux agressions de la ville … de la vie, … pour toujours.

par LeRetif publié dans : Cogitations communauté : Les chroniques de la meute
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