Un épais et laiteux nuage
stagne sur la vallée, cachant le lac tapis en ses flancs. Aux premières lueurs de l’aube une légère brise, un imperceptible de souffle, se lève. Les premiers rayons du soleil éclairent le
brouillard. Le soleil pointe entre les sommets et éclaire la brume qui, agitée par les mouvements de l’air, se fragmente, se disperse et s’évanouie petit à petit. La lumière frappe la surface de
l’eau qui scintille et où se reflètent, comme dans un miroir, les cimes qui le cernent. La journée s’annonce radieuse.
Comme la brume se dissipe, nous disparaissons sans à coup. Il faut être très prétentieux, imbu de soi, pour imaginer un seul instant
que notre départ est, en soi, une catastrophe, un cataclysme. Même les grands hommes … enfin, ceux qui s’y croient … se trompent en pensant que leur vie, leur mort est réellement d’importance,
laisse des marques indélébiles. Mais Non ! A chaque seconde, de part l’immensité du grand tout, des étoiles naissent et meurent sans que, pour autant, l’équilibre de l’univers en soit plus
troublé que cela. Après nous, la terre continue de tourner et les étoiles de briller dans le ciel. C’est tout juste si notre disparition provoque quelques légères ondulations concentriques sur la
surface calme de la vie. Notre départ ne touche, légèrement, que nos plus proches. Nous ne laissons derrière nous que peu de traces de notre éphémère passage, juste quelques souvenirs dans
l’esprit de quelques-uns uns. Le temps faisant sont œuvre, nous finissons par être complètement effacés. Nous ne sommes que poussière … poussière d’étoiles, certes … mais poussière quand
même.
Nous ne sommes que des pions sans importance, interchangeables, tout juste bon à perpétuer l’espèce … pendant un certain temps, du
moins. Il n’y a pas à de quoi se mettre martel en tête …Nous ne faisons que passer. L’instant fugace de notre vie n’a guère de consistance, d’importance et nous nous évanouissons, aussi vite que
nous sommes venus, dans un rayon de lumière, chassés par le léger souffle du temps qui passe, s’écoule sans fin.
Comme la brume matinale se dissipe, notre vie s’étiole et s’efface sans laisser de trace. Ce n’est pas un fait marquant, juste un
épiphénomène, une péripétie sans importance qui, en rien, ne trouble la sérénité du lac de la vie. Sans faire de vague et sans bruit, nous avons étés, nous sommes passés … et d’autres nous
suivent, nous suivrons, et passent à leur tour, dans une chaîne sans fin. Ainsi va la vie. Y-a pas de quoi en faire un plat. Nous venons, passons et repartons d’où nous venons, particule
élémentaire dans le cœur en fusion des étoiles.
Sous le soleil étincelant d’une belle matinée de printemps, le lac endormi, où se mirent les montagnes environnantes apaise mon
âme.
La brume s’est levée, a été chassée de la vallée de paix que je
contemple, et, avec sérénité, j’attends l’heure de mon départ … de mon effacement …
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