Quand les narcisses fleurissent, les jupes des filles raccourcissent. Sous l’effet de premiers rayons du soleil, la sève se réchauffe et circule de nouveau dans le tronc des arbres. Les branches bourgeonnent et se couvrent de petites feuilles au vert tendre. Sur les trottoirs, des groupes d’adolescentes se promènent en balançant des hanches. Leurs petits seins, qui pointent sous de légers chemisiers, tressautent au rythme de leurs pas dansants. Les garçons, qui les regardent passer, ressentent, pour la première fois, un trouble étrange et agréable. De vieux barbons, comme moi, assis à la terrasse d’un café, sentent, avec nostalgie, se raviver une libido qu’ils croyaient perdue à tout jamais. La nature explose de toute part en gerbes multicolores et une brise légère diffuse saveurs et odeurs dans les moindres recoins.
C’est le temps de la floraison, de la renaissance, le temps de l’éclosion, de la naissance, de l’enfance, de l’innocence. C’est le temps délicieux des premiers émois, de tous les espoirs où tous les rêves sont permis.
C’est le printemps.
Le jour a manger la nuit. La lumière inonde le monde. Dans un ciel sans nuage, le soleil brille de tous ses feux, avec éclat, et réchauffe l’atmosphère. Dans les vergers, les branchent ploient sous le poids des fruits mûrs, gorgés d’un jus sucré et rafraîchissant. Sur la plage de sable fin, les corps dénudés s’allongent pour se laisser effleurer par les chauds rayons du soleil. Les corps se rapprochent, se rencontrent, se frôlent, se touchent, se caressent.
C’est le temps des moisons et des récoltes, le temps des amours. C’est le temps des premières fois, des expériences, celui où l’on veut vivre à plein, oser, prendre des risques. C’est le temps où l’on ne pense pas au lendemain, à l’avenir, le temps du présent, de l’épanouissement, de la jouissance. C’est le temps où l’on exulte, celui de tous les bonheurs. C’est un temps sans peur, sans contrainte.
C’est l’été.
La nuit grignote le jour, l’ombre la lumière. Le ciel se fait bas et triste. Les journées s’emplissent de brumes et s’obscurcissent. Les arbres flamboient avant que de perdrent leur feuillage. La sève circule plus lentement, plus difficilement. L’air se rafraîchit et l’on se couvre, ressort les pulls et les manteaux. Les écureuils et les marmottes font leurs provisions, remplissent et aménagent leurs abris pour la mauvaise saison.
C’est le temps des vendanges, celui où, dans les sous-bois, on ramasse les châtaignes et cueille les champignons. C’est le temps où l’on pense au lendemain, où l’on prépare l’avenir. C’est le temps où l’on se calfeutre volontiers chez soi, où l’on devient prévoyant. C’est le temps où la vie ralentit, se fait prudence.
C’est l’automne.
Je suis à l’automne de ma vie. Je perçois déjà le pas lourd du bonhomme de neige, dans sa sombre pelisse de froidure, qui e rapprochent, me rattrape. Je n’aime pas cette saison qui s’annonce. Je sens les premiers assauts piquants et mordants de la bise qui se lève. Mon sang se glace et se fige dans mes veines. La nature c’est endormi.
C’est le temps des frimas, de l’obscurité, le temps où tout s’arrête. C’est le temps pénible de la fin.
C’est l’hiver.
Je rêve. Je me vois chevauchant un pâle rayon de soleil, perçant le brouillard, qui m’emporte pour franchir la porte de lumière. C’est le passage vers une île, à la végétation luxuriante, au milieu d’un lagon à l’eau claire et pure, sous un ciel immaculé, sans nuage.
C’est un lieu où le temps n’a plus cours, où il n’y a plus de passé ni d’avenir. C’est présent perpétuel de paix et de quiétude, emplit de silence et de solitude, sans absence, où je me baigne, me laisse aller, avec délice. J’y oubli l’agitation et le brouhaha de la vie … De la vie d’ailleurs … de la vie d’avant. Dans ce cadre idyllique je me laisse envahir par une douce torpeur bienfaisante et apaisante.
C’est le temps d’après, le temps de la sérénité et de la plénitude, celui du repos … enfin.
Je rêve à un refuge, un asile.
Je rêve à une émeraude sertie de turquoise sous un dôme d’azur argenté où je pourrais me laisser aller, sans défense, en confiance.
Commentaires