L’esquisse croquée par l’artiste, quelle que soit la qualité de son coup de crayon, nous laisse, le plus souvent, dans une complète expectative. Rien ne nous permet de voir à travers elle le travail du peintre une fois terminé. Il est inutile d’essayer d’imaginer ce qu’il sera. Ce ne serait que pure spéculation sans le moindre fondement.
L’ébauche, réalisée ensuite, nous offre plus de renseignements. Par elle, nous commençons à apercevoir, à comprendre les intentions du créateur. Nous ne sommes, malgré tout, pas encore en mesure de voir le tableau tel qu’il sera une fois achevé. Le coup de patte du peintre, son inspiration et son talent sont des paramètres, des plus importants, qui nos échappent et que lui seul domine.
La toile, enfin finie, nous étonnera toujours. En bien ou en mal, nous serons surpris. Nous pouvons tout aussi bien être déçus que remplit d’admiration. La création artistique est un cheminement qui, pour nous les profanes, restes des plus obscures.
Nous pouvons y trouver un parallèle avec notre vie d’Homme.
Le petit enfant est une esquisse, délicieuse certes, mais, même s’il nous emplit de tendresse, ce n’est qu’une esquisse. Nous pouvons faire des projets sur son avenir, essayer de nous projeter dans le temps pour imaginer l’homme qu’il sera … Peine perdue. Nous manquons cruellement d’éléments, pourtant essentiels, pour cela. Nous sommes désarmés face à l’inconnu. Nous ne contrôlons que l’amour que nous sommes en mesure de lui offrir. C’est un facteur très important, il faut bien en convenir … mais, il y en a tant et tant d’autres.
Avec l’adolescent, le jeune homme, nous arrivons au stade de l’ébauche. Nous pouvons alors, du moins c’est que nous croyons, envisager, dans les grandes lignes, ce que sera l’adulte qu’il va devenir. Tous les aléas et les accidents de la vie qu’il devra affronter nous sont étranger, nous en ignorons tout. Nous ne sommes pas en mesure, non plus, de prévoir les effets, positifs ou négatifs, que telle ou telle rencontre aura sur lui et sur sa vie encore à construire.
L’adulte, dans la plénitude de sa réalisation finale, nous surprendra toujours en rapport avec ce que nous avions imaginé …
Comment ce fait-il qu’il ait gâché tous ses dons, ses qualités pour en arriver là ?
Comment a-t-il pu vaincre tous les obstacles, qui lui barraient la route, pour s’épanouir et se réaliser à ce point ?
La vie, notre vie d’Homme est un parcours bien abscons pour nous. La surprise et l’étonnement en sont les éléments majeurs.
L’enfant est comme un petit bourgeon qui pousse sur la branche, pleine d’épines, du rosier. Il est fragile. Il doit être protégé. Et puis … doucement, il grossit et il pousse, devient un bouton de rose qui renferme en lui la future fleur encore en gestation.
Vient le moment où le bouton de rose s’entrouvre, nous laissant apercevoir les premiers pétales de la corolle, aux
couleurs vives, peureusement resserrés les uns contre les autres. C’est, pour nous, l’adolescence qui nous mène aux portes de notre vie d’homme.
Enfin, vient le jour où, la corolle s’ouvre et s’étale, nous révélant les chatoyants reflets des touts ses pétales soyeux. Elle exhale,
alors, un parfum enivrant, c’est celui de la jeunesse triomphante.
La rose s’épanouit et nous fait don, dans la rosée du matin, de toute sa beauté. Nous débutons, pleins de ferveur et d’espoirs, notre vie d’adulte.
Mais … Très vite, les pétales périphériques jaunissent et se recroquevillent avant de tomber. C’est le temps de la maturité et …
Avant de nous en rendre compte, d’en prendre conscience, nous sommes entrés dans la vieillesse. La rose se fane en un rien de temps et chute au sol pour y nourrir la terre. Voilà le sort commun à toute forme de vie que nous partageons avec elle.
La vie, notre vie, est une rose. Elle est pleine d’épines acérées qui peuvent nous piquer, nous déchirer la peau, nous blesser. Elle est pleine de couleurs et d’odeurs qui nous enchantent. Elle est magnifique et éphémère.
Le tableau, la vie et la rose … C’est notre destinée. C’est notre vie.
Apprécions la avant qu’il ne soit trop tard.
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