Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /2009 07:30

Après avoir refermé le livre, je reste songeur. J’ai de la peine à croire, malgré que l’auteur soit un grand historien renommé, au savoir incontesté, que cette époque qu’il décrit est réellement existée. Pourtant ce n’est pas si loin de nous, justes quelques centaines d’années. C’est l’histoire d’hommes qui vivaient à la fin de l’ère pré-moderne, fin du 20ème, début du 21ème siècle. J’ai beaucoup de mal à accepter l’idée que nos ancêtres aient pu vivre ainsi, dans des régions aux sociétés dites développées.

 

En ce temps là …

 

Les Hommes pullulent sur Terre. Ils sont presque 7 milliards. Dans ces sociétés développées, ils utilisent encore, sans aucune modération, les énergies fossiles dont, ils connaissent, déjà, les limites. De ce fait, ils saccagent, allègrement, la planète, polluant le sol, l’eau et l’air qu’ils respirent.

 

Sans prendre les moindres précautions, ils se servent abondamment de l’énergie atomique. Ils en ont produit un nombre incroyable d’armes, suffisamment pour détruire toute forme de vie sur Terre. Ils construisent, partout, afin de produire de l’électricité, des centrales nucléaires. C’est de là que proviennent les tonnes de déchets radioactifs enfouies, de nos jours, dans les immenses zones de confinement que nous connaissons.

 

La médecine n’en est qu’au stade des premiers balbutiements. Les maladies bénignes comme les cancers et le SIDA, font des ravages dans la population, au même titre que les famines et les nombreux conflits armés qui éclatent, sporadiquement, sur toute la surface du globe.

 

C’est sans doute pour cela qu’ils manipulent les sciences du vivant, qu’ils commencent seulement à explorer, à tors et à travers. Alors que le nombre, hallucinant et démesuré, d’êtres humains vivants sur Terre met en péril la survie de l’espèce toute entière, ils mettent en œuvre les premières techniques de procréation artificielle.

 

En parallèle, ils vouent un culte irraisonné à la vie, à la prolongation de leur vie. Ils s’acharnent, par tous les moyens dont ils disposent, à augmenter, sans cesse, ce qu’ils appèlent leur espérance de vie. Quel que soit le coût, les douleurs induites, les conséquences, ils pensent nécessaire de faire reculer, le plus longtemps possible,  l’âge de la mort. D’ailleurs, ils nient à ce point l’aspect naturel de la mort, dont ils ont si peur, qu’ils interdissent l’accompagnement à la fin de vie, nommer, par eux, suicide. Ils proscrivent, avec le même aveuglement, l’euthanasie sans tenir compte des cas les plus terribles de souffrance et de déchéance.

 

Dans ces sociétés, il paraît tout à fait normal de vivre … de survivre au-delà du raisonnable et du naturel. Qu’importe si la vie n’est plus qu’un fardeau sans attrait, une pénible et interminable agonie qui ne veut pas dire son nom, il faut résister, tout endurer et durer jusqu’à l’extrême.

 

Cela nous semble d’autant plus incroyable, que ces sociétés n’ont pas les moyens de s’occuper décemment de tous leurs vieillards hors d’age, de les entourer, les accompagner et préserver leur dignité. Le plus souvent ils finiront leurs jours dans l’isolement et le dénuement le plus total. Il y a même des cas où ils sont entassés dans des lieux sordides où ils connaîtront toutes les affres de la déchéance poussée jusqu’à l’horreur.

 

Il me semble incroyable, impossible, que l’Homme ait pu imposer, et accepter, ce que nous considérons comme la pire des tortures.


          Pourtant, la vérité historique en fait foi.

 

A cette époque, le comportement de l’humanité est, non seulement irrationnel et destructeur, mais aussi tellement contradictoire, qu’il nous apparaît, aujourd’hui, suicidaire et dément. Ils auraient dû avoir conscience que de tels comportements n’avaient aucune justification, aucun sens.

 

C’est grâce à quelques esprits éclairés et visionnaires, tournés en ridicules par la majorité, qui ont, néanmoins, réussis à se faire entendre que l’humanité à éviter le pire. Ce sont eux qui ont donné naissance aux prémices du monde d’aujourd’hui.

 

Il est juste de leurs rendre, avec reconnaissance, hommage. Sans eux, nous ne serions plus là.

 

Mais …

 

L’heure tourne. Je ne dois pas me mettre en retard pour rejoindre ma famille et mes amis qui m’attendent au centre d’accompagnement. C’est aujourd’hui mon 60ème anniversaire, il est temps pour moi d’accomplir, en ce jour de fête, entouré de l’affection de tous mes proches, ma cérémonie de fin de vie.

 

C’est plein de sérénité, que je vais pouvoir m’endormir, heureux, dans ce lieu emplit de chaleur humaine, et entreprendre mon dernier voyage, celui qui me conduira hors du monde étriqué des vivants.

 

           Le temps est venu … Mon temps est passé.
Par LeRetif - Publié dans : Cogitations - Communauté : Les chroniques de la meute
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