Lorsque j’arrive à la gare, le train est déjà à quai. Je monte alors dans un wagon, presque désert, et, après avoir déposé mon sac, je m’assoie, le plus confortablement possible, sur une banquette vide.
Je m’apprête à quitter cette ville, où j’ai passé quelques mois, sans joie ni regret. Je ne laisse rien ici, pas une personne dont la séparation ne me coûte. Je suis persuadé que, très vite, le souvenir de mon passage s’effacera de la mémoire des gens que j’ai eu l’occasion de rencontrer, de côtoyer pendant mon bref séjour.
C’est ainsi que je vis, sans rien posséder, que mon maigre bagage, sans attache. Je ne suis qu’un oiseau de passage, qui se pose par-ci par-là, pour quelque temps et s’envole sans faire de bruit.
Un moment après que le train se soit ébranlé, je remarque, assise quelques rangées de sièges devant moi, me faisant face, une belle jeune femme. Attiré, d’abord par sa gracieuse silhouette et les traits harmonieux de son visage, je ne tarde pas à deviner l’aura de douceur et de tendresse qui l’enveloppe. J’y décèle une once de mélancolie qui m’interpelle. Je m’interroge à son sujet …
Qui est-tu ? D’où vient-tu ?
Qu’elle est la cause de ce soupçon de tristesse qui émane de toi ?
Je me demande si tu parts par choix ou par obligation, par contrainte. Je m’interroge, sans pouvoir trouver la réponse, pour essayer de deviner si tu regrettes une séparation ou si tu appréhendes ce qui t’attends au terme de ton voyage.
Tout au long du trajet, je t’observe, périodiquement, du coin de l’œil, sans réussir à percer ton mystère. A plusieurs reprises nos regards se croisent, se frôlent sans pour autant s’accrocher l’un à l’autre. A certains moments, lorsque je détourne la tête, je crois sentir, comme une caresse, ton regard qui m’effleure.
Bien que j’ai la tentation de me lever et d’aller vers toi, je n’en fait rien. Je ne sais pas ce qui me retient … la crainte d’être importun, une réaction négative, un rejet sans appel de ta part ou, plus simplement, ma timidité.
Arrivés à destination, nous descendons de la voiture, chacun de notre coté et tu t’évanouis au milieu de la foule dans le hall de la gare.
Beaucoup de temps c’est écoulé depuis ce jour. Il m’arrive, néanmoins, souvent de repenser à toi. Je te revois telle que tu étais à cette époque, pleine de charme et nimbée de mystère.
Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui ce serait passé si j’avais été vers toi …
M’aurais-tu repoussé sans ménagement ?
Aurions-nous, après avoir échangé quelques mots malhabiles, engagé une vraie conversation et fait connaissance l’un de l’autre ?
Je m’imagine que nous descendons ensemble du train et, cote à cote, prenons le même chemin. Il aurait été, alors, possible que nous partagions un bout de route dans la vie … peut-être, même, que tu serais, bien des années plus tard, encore là à mes cotés.
J’ai pleinement conscience que ces pensées sont puériles, à la limite du ridicule, et dénuées de sens mais … il est parfois difficile de contrôler son esprit, de le tenir fermement en laisse, pour l’empêcher de divaguer ainsi.
Il m’arrive, ainsi, encore de penser à toi …
Qu’est-tu devenue ?
Qu’elle a été ta vie ?
Bien que ce soit hautement improbable, as-tu gardé un souvenir de ce discret compagnon de voyage que je fus ?
Je ne fais en cela de mal à personne. Ce ne sont que de doux rêves, un conte que je m’invente. Je me laisse aller à me faire du cinéma, à me projeter un film.
Pourtant …
Et si, si j’avais osé prendre l’initiative de me rapprocher de toi ?
Si tu m’avais accepté à tes cotés ?
Si nous-nous étions, alors, reconnus ?
Et si ? … Si ? …
Tout ceci n’est qu’une histoire …
L’histoire d’un rendez-vous raté.
L’histoire d’une rencontre avortée.
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