Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 06:20

Nous venons, tous, au monde atteint d’une terrible maladie génétique, toujours mortelle.

 

Au début, nous sommes porteurs sains. La maladie est en nous. Ses effets sont nuls. Notre développement, notre croissance ce passe tout à fait normalement. Il faut attendre, environ, vingt-cinq ans pour qu’elle se déclare.

 

Les premières conséquences de cette affection passent inaperçues. Tout à l’air de continuer à se dérouler sans problèmes. Insidieusement, pourtant, les gènes défectueux, dont nous sommes les hôtes, se sont mis à l’œuvre. Nos cellules ont arrêtées de se multiplier et elles commencent à ne plus se régénérer normalement.

 

Après quelques années, les premiers symptômes deviennent visibles. Nous commençons à éprouver les effets de la maladie. Pendant très longtemps l’Homme a considéré cette dégénérescence comme naturelle … C’est le vieillissement.

 

Le décodage du génome humain et les progrès réalisés en génétique, nous ont permis d’identifier et d’isoler les gènes en causes. Vint le jour ou une thérapie-génie appropriée nous donna les moyens de corriger, chez le fœtus, cette anomalie chromosomique.

 

Depuis la nuit des temps, l’Homme a imaginé, espéré, rêvé de ce moment. Il a, ainsi, créé le mythe de la fontaine de jouvence, dont l’eau lui permettrait de connaître une éternelle jeunesse.

 

Nous appartenons à un univers où tout a une fin. Les étoiles, et les galaxies, disparaissent un jour. Il serait très prétentieux et complètement insensé de penser qu’il puisse en être autrement pour nous. L’éternité n’est pas de ce monde là. Nous sommes appelés, un jour ou l’autre, nous aussi, à nous éteindre … mais, l’échelle de temps n’a plus rien de commun avec celle que l’humanité à connue jusqu’alors. Et … Nous vivons, toujours, dans une perpétuelle jeunesse.

 

Il est évident que cette découverte fut un bouleversement total. Sur une Terre déjà surpeuplée cela pose, en effet, d’importants et nouveaux problèmes.

 

Bien-sûr il y a toujours quelques maladies pour abréger notre existence. Les accidents et, surtout, la bêtise, la cruauté et la violence des hommes, par le biais d’assassinats, de massacres et de guerres, continuent à décimer une frange non-négligeable de la population, mais … cela ne fait pas le compte. Ce n’est pas suffisant pour nous empêcher de proliférer de façon insupportable.

 

Cette transformation radicale nous oblige à prendre des mesures drastiques de régulation des naissances, à procéder à des campagnes systématiques de stérilisation. Il fut mis en œuvre des méthodes statistiques qui nous permettent de stabiliser, à un niveau raisonnable, le nombre d’habitants sur cette planète. De manières très autoritaires, les possibilités de procréation furent strictement encadrées et limitées au remplacement des décès.

 

Ces décisions, réduisant considérablement le choix et la liberté individuelle, ne pouvaient être prises, et appliquée, dans un consensus impossible à trouver. De fait, seule, la mise en place d’une dictature de scientifiques, généticiens et démographes, permit de rendre pérenne un tel état de fait.

 

Comme Faust, pour connaître l’éternelle jeunesse … nous dûmes en payer le prix.

Certaines voix s’élèvent et contestent ce système. D’aucuns prônent qu’il serait plus judicieux de réduire et de plafonner notre espérance de vie, de fixer des limites … et, de mettre en place des campagnes d’euthanasie …

 

Aucune des politiques prises … ou, envisagées, ne peut satisfaire l’ensemble de la population.

 

Ce qui fut, en son temps, vécu comme une bénédiction … Se révéla, en réalité, une malédiction.

 

Le vieillissement … et la mort qui en découle, sont tout ce qu’il y a de plus naturels. Il nous faut l’accepter.

 

Contentons-nous d’envisager et de rechercher toutes les possibilités de prolonger, raisonnablement, notre vie. Réduisons, autant que faire ce peut, les ravages et les handicaps dut au vieillissement …

 

Nous ne sommes, après tout, que de simples mortelles … à la vie éphémère. Il nous faut, puisque nous n’avons d’autre choix,  nous y résoudre.

 

Nous naissons … Nous grandissons … Nous vieillissons … Nous mourons.

 

Essayons, tout simplement, au cours des brefs instants qui nous sont accordés, de profiter … sereinement et pleinement de la vie.

 

Une perpétuelle jeunesse serait lassante et sans réel attrait … Quant à l’éternité …

 

L’éternité … C’est trop long … pour nous.

Par LeRetif - Publié dans : Cogitations - Communauté : Les chroniques de la meute
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