Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 08:17

On l’appelle Jojo.

 

Les enfants, ses camarades de l’époque, l’avaient surnommé ainsi en référence, je crois, à "Jojo le mérou", personnage emblématique du "Monde du silence" du Commandant Cousteau. Ce sobriquet lui est resté.

 

Jojo porte, toujours, sur son visage poupin, un large et lumineux sourire.

 

Il est, quelquefois turbulent, mais jamais agressif. Il ne semble pas connaître la violence. S’il lui arrive de subir celle des autres, il se contente de s’en protéger, tant bien que mal, comme il le peut, sans y répondre … donnez-lui une gifle et il tendra l’autre joue.

 

Jojo aime rire et plaisanter.

 

Il est malicieux, sans jamais être vicieux. Il ne cherche aucunement à blesser. Il ne connaît pas le vice. Lorsqu’on le raille… il ne s’en offusque pas. Au contraire il est le premier à en rire. Il n’a pas la notion du mal et les traits les plus blessants que l’on puisse lui décocher glissent sur lui, sans l’atteindre.

 

Dans les temps anciens, on pouvait en voir, des comme lui, dans chaque petit bourg. On les appelait, non sans une certaine tendresse, … "Le simplet" … "Le fada" … "L’idiot du village" …

 

Ils faisaient partie de la communauté, ils y avaient leur place, pleine et entière.

 

De nos jours, ils ne sont pas moins nombreux.

 

Nous avons, simplement, perdu l’habitude de les voir, de les côtoyer. Notre monde, les familles elles même, sous la pression de la société, ont accepté, comme normal, le fait de les cacher, de les soustraire à notre vue. Ils sont cantonnés … parqués, exilés, dans des lieux particuliers … pour leur protection … pour les protéger de la dureté et de la violence de notre société "civilisée".

 

Ils n’ont pas … n’ont plus, leur place dans notre monde où règne la compétition, le culte de l’excellence, de la productivité et de la rentabilité.

 

Au mieux, ils nous font pitié … nous font honte. A nous qui refusons de voir la richesse de celui qui a sut conserver, au fond de lui, à l’age adulte, une petite portion de l’univers merveilleux de l’enfance.

 

En fait, ils provoquent, en nous, un puissant sentiment de gêne. Nous n’aimons pas les rencontrer, les fréquenter. Ce que nous ne supportons pas, c’est, avant tout, de croiser leur regard.

 

Lorsque l’on plonge dans l’eau claire et limpide de leurs yeux, ce qui nous insupporte, c’est d’y découvrir notre propre reflet.

 

Leur pureté nous renvoie une image, de ce que nous sommes, qui nous dérange.

 

Nous n’apparaissons, alors, que sous la forme d’une silhouette sombre qui exhale la petitesse, la mesquinerie, l’envie, la jalousie … et toutes les tares que nous portons, sans vouloir le reconnaître ou nous l’avouer, en nous.

 

Notre image, transmise à travers le prisme de leur innocence, fait apparaître toute la violence et la méchanceté que nous camouflons, à l’accoutumé, sous le fragile vernis d’individus évolués, que nous prétendons être.

 

Nous sommes, alors, à l’unisson du monde que nous avons construit. Un monde âpre et dur où la tolérance, la charité … la fraternité, sont exclues et considérées comme faiblesses.

 

Jojo, lui, a gardé, dans son corps d’adulte vieillissant, une âme, pure et innocente, d’enfant. Il ne connaît ni la méchanceté, ni la violence. Il ne porte pas en lui le mal qui nous ronge et nous détruit.

 

Jojo, c’est mon ami, mon frère.

 

J’apprécie son esprit clair et pur, sa simplicité. Il n’y a pas, en lui,  le moindre soupçon de mensonge ou d’hypocrisie.

 

Vous pouvez vous gausser, vous moquer de lui. Traitez le de "Fada" … "Doux-dingue" … "Débile"…  ou  … "Simple d’esprit" … et alors …

 

"Heureux les simples d’esprit … " 

 
Par LeRetif - Publié dans : Cogitations - Communauté : Les chroniques de la meute
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