C'est une belle et lumineuse matinée de printemps. Dans le parc, les arbres se sont parés de de jeunes feuilles luisantes, d'un vert tendre. Les pelouses sont saupoudrées de minuscules fleurs aux couleurs éclatantes.
Attiré et guidé par les notes claires d'une entrainante ritournelle, au détour de l'allée, derrière un bosquet, l'enfant découvre un spectacle surprenant qui l'émerveille.
Sous son toit conique d'ardoises que les rayons du soleil rendent luisantes, au rythme de la lancinante musique, tourne un rutilant manège de chevaux de bois. L'enfant, bouche bée, est comme hypnotisé par la ronde des fiers destriers peints de couleurs vives.
Hissé, par ses parents, sur une de ces superbes montures, le jeune garçon est heureux et fier, comme un peux chevalier, des temps jadis, partant à l'aventure. Lorsque le manège s'ébranle, il part, sans nul doute, à la découverte et à la conquête d'un monde féerique, plein de merveilles qui s'offrent à lui.
Cramponné au cou de l'animal qui l'emporte dans une folle chevauchée, le gamin se laisse grisé par tout ce qui ce dévoile à lui. Il perds la notion du temps. Il apprécie chaque secondes, qui lui paraissent une éternité, où il appréhende un univers, jusque là ignoré, regorgeant de surprises et d'une beauté à couper le souffle.
Ce moment ne peut avoir de fin. Il a trop de choses fantastiques à découvrir, à apprendre. Secoué, chahuté et bercé tout à la fois par la ronde sans fin du manège et les mouvement des chevaux de bois, porté par la musique, il rêve tout éveillé.
Tantôt crispé ou riant aux éclats, au comble du bonheur, il ne se lasse pas de ce voyage merveilleux … sans se rendre compte qu'il fait du sur-place, qu'il ne fait que tourner en rond.
C'est une terne et grise journée d'automne. Dans le parc, les arbres se sont dépouillé de toutes leurs feuilles et dressent, comme une supplique, leurs branches sèches vers le ciel. Les pelouses sont recouvertes et dissimulées par un épais tapis de feuilles mortes, jaunes et craquantes.
Assis sur un banc vermoulu, un promeneur esseulé, regarde le kiosque délabré abritant les restes de ce qui fut un rutilant manège pour enfants.
Bien que déserté, pour ce seul spectateur, il tourne, avec des grincements qui font penser à des gémissements et des plaintes … et tourne, encore et toujours. Accompagnées par une musique grésillante et à peine audible, des caricatures de chevaux, cahin-caha, continuent leurs courses saccadée … inutile et vaine.
Il y a quelque de pitoyable et de triste dans cette ronde fantomatique.
Sous les effets, conjugués, du qui est temps passé et de intempéries, les représentations des fiers coursiers d'autrefois ont perdu leurs couleurs vives. Ce ne sont plus que de vulgaires morceaux de bois sombres, fendillés et craquelés.
Sur un de ces anciens chevaux de bois, à l'allure d'haridelle squelettique, l'on peut, encore, distinguer, posée à califourchon, une forme vaguement humaine. Soudée à sa monture, pétrifié, un cavalier décharné poursuit sa course dérisoire.
C'est moi qui suis là ... qui suis devenu ce spectre de bois.
Envahi par une douloureuse nostalgie, à l'évocation d'une époque révolue, où je caracolait gaiment, j'ai les larmes aux bords des yeux.
Comme un manège d'autrefois, la vie m'a emporté dans sa ronde, que j'ai, longtemps, cru sans fin.
Je n'ai fait que tourner un rond. Je n'ai, en réalité, pas bougé, pas avancé d'un pouce.
Le temps des rêves et des espoirs s'en ait enfuit.
La vie n'est qu'un triste manège de chevaux de bois qui nous fait faire du sur-place … pour passer le temps.
La vie n'est qu'un triste manège de chevaux de bois … qui tourne, encore et encore … et ne nous permet de voyager que dans nos illusions.
Je trouves les manèges de chevaux de bois bien sympa pourtant, colorés et musicaux ils me rapellent mon enfance, et j'y vois plus un encourageant message de vie et d'espoir.
Bonne journée.
Didier